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Flash météo

Je ne sais pas si cela vous fait le même effet, mais la météo me fascine. Quoi qu’il arrive, je m’arrange toujours pour me planter devant l’écran de télé à 20h moins 5, ou 20h35 (horaire de rattrapage) car, prétends-je, il faut bien savoir comment s’habiller le lendemain.

Pendant deux minutes, je monte le son, juste ce qu’il faut. Je scrute attentivement et débute mes commentaires en voix off : «Non mais tu as vu la robe qu’elle porte aujourd’hui, non mais franchement, ça la boudine trop… personne lui dit ? Tiens, elle s’est fait un chignon… elle est mille fois mieux avec les cheveux lâchés. Son brillant à lèvres, ça fait un peu huile de frisée aux lardons… Tu crois qu’on leur prête leurs tenues ? Elles ne peuvent quand même pas se changer tous les jours… remarque, elles doivent être bien payées. Il vaudrait mieux pour elles, parce que le style talons aiguilles manches courtes en plein hiver, c’est carrément de la maltraitance. Tu penses qu’il fait très chaud sous les projecteurs ? Ah bon. Elle lit au prompteur ou elle a tout appris par cœur ?»

Pour être tout à fait honnête et malgré cette attentive observation, je mémorise rarement le temps qu’il va faire le lendemain, tout comme j’oublie mon horoscope dès que j’en ai terminé la lecture.

D’où nous vient ce besoin de savoir à l’avance ce qui, de toutes manières, ne dépend pas de nous et contre quoi nous ne pouvons agir, ou si peu ? Illustrons : chez Grand Bleu, nous recevons en plein mois de janvier des demandes téléphoniques pour des vacances fin juin, à la Grenadine, à Port-Lalande, à la Closerie, au Village des Aloès, à Moriani-Plage, destinations géographiques très diverses. A la question pleine d’espoir inquiet «Mademoiselle, fera-t-il beau du 20 au 27 juin ?» (soit dans six mois) nos Conseillères répondent invariablement, avec un grand soleil dans la voix «Mais oui, bien sûr !», tout en regardant la pluie hivernale dégouliner le long des vitres. De part et d’autre de la ligne, chacun connaît les performances aléatoires de la boule de cristal. Personne n’est dupe, mais ce «oui, bien sûr » spontané et chaleureux agit comme une formule magique, un mantra gri-gri, un antidote. Il rassure tout le monde et met du baume au cœur.

Car finalement, la seule météo qui vaille la peine d’être chouchoutée n’est-elle pas notre météo intérieure ?

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