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Lettre aux Stagiaires

Tordons le cou à une idée reçue.

Il est inexact de dire qu’un stagiaire est toujours affecté au photocopieur, et ce, pour une raison très simple : des photocopies, on en fait de moins en moins. De nos jours on scanne, on copicolle, on pièçattache et on forwarde tout ce bazar. On économise le papier tout en faisant chauffer un peu plus les turbines à C02, mais ce n’est pas le sujet. Le photocopieur commence sérieusement à sentir la naphtaline.

Quant à la machine à café, autre appareil soi-disant stagiaire-like, elle s’est totalement mémérisée. Chacun apporte jalousement les dosettes de son choix, et chacune joue perso sa chance biquotidienne de se trouver nez-à-nez avec George Clooney. Alors, what else?

Les stagiaires sympathiques, ambitieux et volontaires des autres services, je les croise dans nos couloirs chaque été. Bizarrement, après leur avoir souhaité la bienvenue à l’arrivée, je ne parviens pas à leur dire quoi que ce soit d’intéressant ou de spirituel. Rhétorique niveau zéro, batterie de la répartie à plat. Je me contente de leur sourire bêtement. Le pompon, c’est le jour de leur pot de départ. Tandis qu’ils ont si gentiment préparé leurs jus de fruits et leurs délicieux petits gâteaux, seules deux ou trois banalités consternantes franchissent mes lèvres. Du genre «Alors, ce stage, vous a-t-il apporté quelque chose ?», ou encore «Et pour la suite, quels sont vos projets ?». Et de parachever avec un inoubliable «Ils sont délicieux, vos macarons».

Ce sont pourtant d’autres mots que je, que nous (jouons-la collectif) aimerions pouvoir prononcer. Par exemple, que ce sont eux qui nous ont apporté quelque chose de précieux, avec leur savoir scolaire tout neuf, en rodage, leurs idées plus ou moins réalistes mais fraîches comme leurs joues, leur regard sincère et plein d’attentes. Qu’ils nous ont renvoyé l’image lointaine du stagiaire que nous fûmes, passager clandestin en planque au fond de notre mémoire. Que leur vie est devant eux, qu’elle trimballera son lot de promesses non tenues et de bonheurs absolus, de cailloux dans la chaussure et de bottes de sept lieues. Qu’elle ne sera peut-être pas là où ils l’attendent mais qu’ils seront quand même toujours à la barre, capitaines par mer calme et par gros temps. Et qu’enfin, si ce stage les a aidés à lâcher un petit peu la main de l’enfance pour agripper les doigts de l’âge adulte, alors Grand Bleu aura rempli, humblement, un tout petit bout de sa mission.

Vraiment trop bons, ces macarons. Vous les avez trouvés où ?

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Une réponse à “Lettre aux Stagiaires

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