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Déambulation au pays des accents

Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi, à quelques dizaines de kilomètres de distance, la prononciation du français différait tant ? Pourquoi Narbonne ne parle-t-elle pas tout à fait comme Perpignan? Pourquoi l’accent parisien est-il si différent de l’accent picard ? plus troublant encore, pourquoi y a-t-il trois accents parisiens légèrement distincts et parfaitement identifiables ? si, si, tendez l’oreille : vous avez le gouailleur à la mode Arletty («Atmosphèèère, est-c’que j’ai une gueul’ d’atmosphèèère ?»), le chic de la Rive Gauche avec son petit doigt relevé («Avez-vous assistèh au dernièh défilèh ? »), et le neutre de France-Télévision, supposé nous inculquer par l’exemple le « bien-causer » et, par la même occasion, « le bien-penser ».

Qu’un Texan ne parle pas comme un New-Yorkais, ou bien qu’un Moscovite s’exprime différemment d’un gars de Vladivostok, on se l’explique. Mais nous qui vivons dans un mouchoir de poche, pourquoi avons-nous une trentaine de prononciations différentes ? Pour le plaisir de nous chambrer à tour de rôle ?

 

Il paraît que l’accent français le plus pur s’entend en Touraine. En effet, comme les rois de France aimaient chasser dans cette région, ils y ont fait édifier les fameux châteaux de la Loire. Car la fin (la seule qu’ils connaissaient) justifiait les grands moyens en toutes occasions. C’est donc à Tours que, prétendument, notre accent est royal. Hé bé !

Après, vous avez le célèbre accent du Midi, qui connaît plusieurs déclinaisons : le Provençal (à ne surtout pas confondre avec le Marseillais, ô Bonne Mère !), le Languedocien, le Gascon, le Catalan, le Corse. En remontant côté Est, vous avez le Lyonnais un peu traînant, le Savoyard dont les « a » sont des « o », celui de la Franche-Comté qui fait tic-tac, le Lorrain circonflexe, l’Alsacien Kougelhof. Puis, mettez le cap vers le pays Ch’ti aux chaleureuses effluves de maroilles, redescendez par l’Ouest, traversez la Bretagne précipitée et plongez sur Bordeaux; là vous sentez poindre dans le phrasé les traces de soleil qui se confirmeront à Toulouse.

 

Grand Bleu est à lui-seul un vivier de tous les accents français. Nous avons même parmi nous des personnes venues du Nord et de l’Est de l’Europe, qui nous ont fait l’honneur d’aimer notre pays et d’en adopter la langue. Conservant leur prononciation exotique, elles l’ont agrémentée par mimétisme et sans doute à leur insu d’un parfum décalé d’abricot du Roussillon et de tribune de rugby.

L’Académie Française avait énoncé, au XVIIème siècle, que le «bon usage» du français était «la façon de parler de la plus saine partie de la Cour», (rien que ça), ladite Cour étant à l’époque recentrée sur Paris puis Versailles. Nous qui n’avons pas la langue dans notre poche, nous répondons à l’Académie que la qualité n’est pas dans la sonorité de nos propos mais dans leur fond.

C’est pour cela qu’en 2018, l’un de nos vœux serait que tous, nous soyons attentifs à nos paroles. Le reste, c’est une affaire de musique, et la musique fait voyager.

 

 

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